{"id":33811,"date":"2021-11-07T23:36:51","date_gmt":"2021-11-07T23:36:51","guid":{"rendered":"http:\/\/azzaman.info\/?p=33811"},"modified":"2021-11-07T23:40:44","modified_gmt":"2021-11-07T23:40:44","slug":"que-faire-du-parrain-aziz-bah-saleck","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.azzaman.info\/?p=33811","title":{"rendered":"Que faire du parrain Aziz?\/bah saleck"},"content":{"rendered":"<p>Saleck<\/p>\n<p>De la protohistoire de la Mauritanie \u00e0 nos jours, la gestion du territoire et des ressources par le chef de tribu des anciens temps, chef d\u2019\u00c9tat des temps modernes, se confond in\u00e9luctablement avec le pillage des biens de la communaut\u00e9 par celui qui d\u00e9tient le pouvoir et sa parent\u00e8le. Les razzias quasi annuelles de l\u2019\u00e9poque, dont la l\u00e9gende conserve encore nos jours m\u00e9moire,  sont  l\u2019\u00e9quivalent des pronunciamientos des ann\u00e9es 1970,  jusqu\u2019au dernier putsch du g\u00e9n\u00e9ral en 2008, renversant Sidi ould Cheikh Abdallahi, pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, dix-huit mois apr\u00e8s son \u00e9lection.<br \/>\nLe sc\u00e9nario est \u00e9crit d\u2019avance : un homme et une tribu arrachent le pouvoir par les armes, sur tel espace de ce vaste territoire mauritanien, le temps de le mettre en coupe r\u00e9gl\u00e9e, avant d\u2019en \u00eatre chass\u00e9s par telle ou telle d\u00e9rision du Destin. La fortune acquise par le pillage ou le vol \u00e0 main arm\u00e9e est le substrat  du pouvoir et de la stature sociale de chef,  tel qu\u2019il est chant\u00e9 par la vox populi et les griots d\u2019hier et d\u2019aujourd\u2019hui. C\u2019\u00e9tait le far west am\u00e9ricain, version d\u00e9sert mauritanien du Sahara : la pr\u00e9dation  au bout du fusil et la politique de la terre br\u00fbl\u00e9e pour les faibles.<\/p>\n<p>Pr\u00e9dation au bout du fusil<br \/>\nDepuis, tous les hommes qui se sont succ\u00e9d\u00e9 au pouvoir ont peu ou prou men\u00e9 la m\u00eame \u00ab politique \u00bb h\u00e9rit\u00e9e des temps imm\u00e9moriaux et que m\u00eame la colonisation fran\u00e7aise n\u2019a pu vaincre. Au mieux contribua-t-elle au silence des armes entre les bellig\u00e9rants-candidats au leadership autochtone mais elle eut moins de succ\u00e8s face \u00e0 la voracit\u00e9 des chefs, chioukhs  devenus collabos du makhzen colonial. D\u00e9j\u00e0 dans les ann\u00e9es 1930-40-50, cette nouvelle classe politique financera, sous l\u2019\u0153il complice du colon, son entregent socialo-politique dans des \u00e9lections locales, gr\u00e2ce au pillage du bien commun, du pr\u00e9l\u00e8vement usurier des imp\u00f4ts sur les plus d\u00e9munis et la compromission avec les coloniaux commandants de cercle. C\u2019\u00e9tait, de 1900 \u00e0 1960,  l\u2019\u00e9poque de la m\u00e8re des razzias, celle des nsaras  comme on appelle ici les Fran\u00e7ais, la colonisation, celle-l\u00e0 m\u00eame qui vainquit tous nos derniers vaillants \u00e9mirs-r\u00e9sistants ; ceux qui pr\u00e9f\u00e8rent la mort, l\u2019arme \u00e0 la main, plut\u00f4t que l\u2019humiliation de la collaboration, malgr\u00e9 les promesses de lucre que faisait miroiter la France, par interm\u00e9diaire de Bou El Moghdad, l\u2019interpr\u00e8te s\u00e9n\u00e9galais et commissionnaire aupr\u00e8s des \u00e9mirs rebelles \u00e0 la p\u00e9n\u00e9tration fran\u00e7aise en Mauritanie.<br \/>\nCependant, dans le d\u00e9sert o\u00f9 l\u2019on manque de tout, la r\u00e9sistance est ardue et l\u2019on est oblig\u00e9 de composer avec celui qui d\u00e9tient les r\u00eanes du pouvoir, sauf \u00e0 \u00eatre suicidaire. Les proverbes sont l\u00e9gion qui illustrent cette trivialit\u00e9 politique locale : \u00ab La main que tu ne peux couper, embrasse-la \u00bb\u2026 Ainsi \u00ab l\u2019\u00e2me \u00bb mauritanienne s\u2019est-elle soumise de fait  \u00e0 ce postulat de base, apr\u00e8s la mort vaillante de l\u2019\u00e9mir Sid\u2019Ahmed A\u00efda, ultime rempart id\u00e9ologique d\u2019envergure nationale.<br \/>\nLa r\u00e9publique ind\u00e9pendante, octroy\u00e9e par la France en 1960, pour des raisons plus g\u00e9ostrat\u00e9giques que fruit d\u2019une r\u00e9volte nationale contre le colonisateur, comme il dut en essuyer en Alg\u00e9rie ou en Guin\u00e9e,  a tent\u00e9 de fonder un \u00c9tat-nation entre les ann\u00e9es 60-78, sans parvenir \u00e0 \u00e9tablir de nouveaux objectifs, ni d\u2019autres rep\u00e8res que les cendres h\u00e9rit\u00e9es de la pr\u00e9c\u00e9dente anarchie. Quand bien m\u00eame l\u2019\u00c9tat national balbutiant commen\u00e7ait \u00e0 s\u00e9duire de plus en plus de Mauritaniens, attir\u00e9s par les biens de consommation import\u00e9s et  l\u2019acc\u00e8s aux services sociaux de base : sant\u00e9 et \u00e9ducation ; \u00e0 Nouakchott surtout, la capitale n\u00e9e sur un terrain nu, alors que la Mauritanie comptait des villes plusieurs fois centenaires\u2026 Les fondateurs la voulurent creuset de l\u2019unit\u00e9 nationale. Elle sera le th\u00e9\u00e2tre de la comp\u00e9tition entre ses \u00e9lites autour de la captation des ressources, par l\u2019interm\u00e9diaire du capitalisme d\u2019\u00c9tat embryonnaire. La politique du ventre tenait lieu de programme de d\u00e9veloppement dans un pays arri\u00e9r\u00e9 et abandonn\u00e9, sans ressources ni  infrastructures, par le colon.<\/p>\n<p>Une junte et dix galonn\u00e9s<br \/>\n L\u2019image d\u2019\u00c9pinal que donna le P\u00e8re-fondateur de la Nation, Mokhtar ould Daddah, \u00e9tait celle que le citoyen lambda connaissait depuis des lustres : voil\u00e0 un Homme fort d\u00e9tenant des pouvoirs absolus et envisag\u00e9s  comme perp\u00e9tuels. Probablement \u00e0 son corps d\u00e9fendant de marabout lucide, cette mystification n\u2019\u00e9tait pas pour lui plaire mais la gent politicienne du Parti unique, dit du Peuple, en fit son socle politique durant dix-huit ann\u00e9es.  Qui pouvait imaginer une alternance \u00e0 l\u2019homme fort ? Comment ? Rien n\u2019\u00e9tait pr\u00e9vu en ce sens par la Constitution de 1960.<br \/>\n Plus d\u2019un demi-si\u00e8cle a pass\u00e9. Force est de constater que le statu quo reste de mise ou presque. L\u2019organigramme du pouvoir \u00e9tait ainsi coup\u00e9 sur mesure : il l\u2019est encore de nos jours. L\u2019espace politique se r\u00e9sume \u00e0 un Homme fort, une tribu, un parti dit de \u00ab masse \u00bb mais o\u00f9 ne s\u2019invite que l\u2019oligarchie, dans l\u2019objectif de manger  un \u00ab os \u00bb  du succulent m\u00e9choui qu\u2019est la Mauritanie.<br \/>\nApr\u00e8s cet interm\u00e8de du pouvoir moderne post-tribal,  des coups d\u2019\u00c9tat militaires vont se succ\u00e9der en nombre. Il y en eut tellement que je suis incapable de les compter ce soir avec certitude. Chaque putsch  emm\u00e8ne  un Homme fort et sa tribu de facto,  \u00e0 la t\u00eate d\u2019une junte de dix galonn\u00e9s, tous acteurs battus de la malheureuse guerre du Sahara et abdicateurs du plus affligeant accord de paix de notre histoire moderne. Les \u00e9mirs de nagu\u00e8re n\u00e9gociaient \u00e2prement et obtenaient de meilleures contreparties dans les trait\u00e9s sign\u00e9s face \u00e0 des puissances europ\u00e9ennes comme le Portugal, la Hollande et la France. C\u2019est dire le comble du d\u00e9clin o\u00f9 nous allions \u00eatre pr\u00e9cipit\u00e9s sous le r\u00e9gime militaire.<br \/>\nVaincus sur le front des armes, ils se contenteront de remporter la bataille du pouvoir \u00e0 Nouakchott,  contre des civils qu\u2019ils \u00e9taient cens\u00e9s prot\u00e9ger. L\u2019on r\u00eavait  alors \u00e0 un \u00ab changement \u00bb de style de gouvernance, comme au Ghana, avec le fameux vainqueur de la lutte contre la corruption, Jerry Rawlings, ou encore en Haute-Volta, avec le charismatique Thomas Sankara. Rien n\u2019y fit : le r\u00e9gime militaire de gouvernement \u00e9tait pire que celui  du parti unique que l\u2019on regrettait d\u00e9j\u00e0, tant le d\u00e9senchantement \u00e9tait flagrant et le pillage \u00e9hont\u00e9 des ressources, encore plus croissant.<br \/>\nLeurs factions arm\u00e9es se mirent m\u00eame \u00e0 se tirer dessus en plein jour \u00e0 Nouakchott, comme au temps de la seyba, avec l\u2019anarchie totale et les divisions tribales qui s\u2019ensuivaient. Chaque nouveau chef-colonel gagnant une bataille charrie avec lui la  nouvelle-ancienne classe politique, attir\u00e9e par l\u2019app\u00e2t du gain potentiel, gr\u00e2ce la proximit\u00e9 avec le chef.<\/p>\n<p>Pays martyris\u00e9<br \/>\nDes nomenklaturas publiques et priv\u00e9es, organis\u00e9es parfois en gangs de pr\u00e9dateurs, n\u2019ont eu de cesse de d\u00e9pecer ce pays martyris\u00e9 depuis des lustres par l\u2019interm\u00e9diaire de hauts fonctionnaires v\u00e9reux et une bourgeoisie compradore : autant de bandits de grands chemins qui  vendent sous nos yeux, souvent aux moins offrants,  la Mauritanie et ses ressources, \u00e0 de va-nu-pieds indiens et autres p\u00eacheurs chinois en eau trouble.<br \/>\nAujourd\u2019hui, on commence \u00e0 prouver ce que l\u2019on savait tous plus ou moins sur Aziz, bien avant les r\u00e9v\u00e9lations choquantes de l\u2019enqu\u00eate parlementaire. \u00c0 mon avis d\u2019observateur, la Commission d\u2019enqu\u00eate n\u2019a exhum\u00e9 qu\u2019une infime partie des archives de sa pr\u00e9dation et de son enrichissement illicite en tant qu\u2019ancien g\u00e9n\u00e9ral-chef d\u2019\u00c9tat et d\u2019entreprises priv\u00e9es multiples par procuration, tout en \u00e9tant  salari\u00e9 \u00e0 huit millions d\u2019ouguiyas par mois, blanchi et nourri aux frais du contribuable qui souffre le martyr de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de l\u2019avenue Jemal  Abd Nasser.<br \/>\nL\u2019\u00e9tendue de la pr\u00e9dation en cause n\u2019a pas de pr\u00e9c\u00e9dent dans la m\u00e9moire collective. Nombre de \u00ab contrats \u00bb l\u00e9onins pour la Mauritanie ont \u00e9chapp\u00e9 aux limiers de la CEP, comme celui o\u00f9 la Mauritanie perdit vingt-cinq millions de dollars dans un projet mort-n\u00e9 d\u2019assemblage d\u2019avions \u00e0 Nouakchott. O\u00f9 sont-ils ces coucous made in Mauritania que la propagande promettait, avec force images-photos ? Sans oublier les achats de la Grande Muette au Br\u00e9sil et en Chine\u2026 et tant d\u2019autres petites et grandes affaires dont on a vu que la partie \u00e9merg\u00e9e de l\u2019iceberg, comme les immeubles qui ont pouss\u00e9 comme des champignons sur les plus belles avenues de Nouakchott et Nouadhibou ou  les autres milliers de boutiques de march\u00e9. Haroun ar-Rashid, le plus juste gestionnaire du monde musulman, disait que pour voir la corruption, il faut attendre de voir les immeubles que les Baramiks allaient \u00e9difier\u2026 Il ne se trompait gu\u00e8re : tel fut le cas, avant de purger la haute administration, y compris de son ami Yahya el Baramki, son ancien bras droit et po\u00e8te f\u00e9cond de son temps. Il mourra aveugle dans sa prison, d\u00e9pouill\u00e9 de tous ses palais mirifiques.<br \/>\nAziz pourrait plaider demain qu\u2019il n\u2019a fait que se gaver du lait nourricier de la Mauritanie, un peu trop sans doute, au vu de son embonpoint, comme tant d\u2019autres avant lui et probablement apr\u00e8s lui\u2026 Alors, que lui r\u00e9pondre ? Lui r\u00e9torquer : la Loi, les institutions, la bonne gouvernance ? Autant de concepts abstraits pour lui. Aziz ne lit pas et encore moins n\u2019\u00e9crit. Mais il sait compter, surtout les sous. C\u2019est un pragmatique et qui a fait des \u00ab \u00e9tudes \u00bb de m\u00e9canique, dit-on, mais pas quantique en tout cas\u2026 Il vous dira qu\u2019il a lutt\u00e9 contre la pauvret\u00e9 et vous prouvera que son projet  politique a bien r\u00e9ussi, lui-m\u00eame et les siens  en sont la preuve vivante : il est devenu riche, tr\u00e8s riche, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 pauvre, tr\u00e8s tr\u00e8s pauvre, et restera d\u00e9sormais riche jusqu\u2019\u00e0 la fin des temps, nargue-t-il la Nation m\u00e9dus\u00e9e par tant d\u2019outrecuidance, devant les cam\u00e9ras qui ont fait salle comble en son nouveau palais-bunker priv\u00e9 \u00e0 Nouakchott, lors de sa conf\u00e9rence de presse d\u2019apr\u00e8s sortie du pouvoir. Une effronterie jamais vue, nulle part\u2026<\/p>\n<p>TV asphyxi\u00e9e<br \/>\nLe hasard a fait que je figure parmi les victimes de l\u2019insatiable app\u00e9tit d\u2019Aziz, y compris dans les media, secteur d\u00e9ficitaire par excellence. Je suis l\u2019un de ceux  qui a eu la malchance d\u2019avoir \u00ab fait affaire \u00bb avec lui. Une affaire qui fut bien mauvaise pour moi, sur les conseils mal avis\u00e9s de mon fr\u00e8re et ami  Hamdi ould Mahjoub, alors son ministre de la Communication qui m\u2019introduisit dans son bureau pour pr\u00e9senter mon projet\u2026 mais pas le vendre. S\u00e9duit par mon business plan et ses chiffres \u00e0 moindre co\u00fbt sur lesquels il me questionn\u00e2t longuement,  il fit main basse sur mon projet de MauriVision-Sahel TV que je poursuivais depuis 2005, en me serrant les cinq doigts comme \u00e7a, sans n\u00e9gociation ni discussion, par l\u2019interm\u00e9diaire de l\u2019un de ses principaux  hommes-liges chez qui il m\u2019envoy\u00e2t illico presto pour devenir mon actionnaire de r\u00e9f\u00e9rence : Bahaye ould Ghada, que je n\u2019ai jamais vu, en contrepartie de son feu vert \u00e0 mon projet. Au passage, il a biff\u00e9 d\u2019un trait de plume les noms de tous mes anciens actionnaires et amis, il est vrai ses ennemis pour certains, comme Moustafa Chavi\u2019i.  Moi, le journaliste insoumis, ne semblait pas l\u2019inqui\u00e9ter  outre mesure, avec ma ligne \u00e9ditoriale ind\u00e9pendante et sans compromission avec d\u2019autres pouvoirs ant\u00e9rieurs, puisqu\u2019il me dit textuellement : \u00ab je te demande de taper sur tout le monde, \u00e0 commencer par moi-m\u00eame \u00bb&#8230; Ce qui s\u2019av\u00e9ra  le cas, bien mal lui en prit, d\u00e8s la diffusion de nos premiers  reportages et enqu\u00eates. D\u00e9jug\u00e9 de son serment de libert\u00e9 d\u2019expression convenue, il ordonna \u00e0 Bahaye d\u2019engager la rupture brutale qui s\u2019ensuivit six mois plus tard, alors que la cha\u00eene battait des records d\u2019audience dans tous les publics et toutes les communaut\u00e9s dont chacune y disposait d\u2019un espace en sa propre langue\u2026 Parce que je refusais de changer de ligne \u00e9ditoriale, malgr\u00e9 les sermons, les menaces et la coupure des vivres de la part des partenaires financiers qui firent d\u00e9faut, foulant leur engagement bancaire \u00e0 financer la cha\u00eene \u00e0 hauteur de deux cents cinquante millions d\u2019UM. Ils l\u2019ont asphyxi\u00e9e financi\u00e8rement et paralys\u00e9e concr\u00e8tement : trois mois d\u2019arri\u00e9r\u00e9s de salaires pour une \u00e9quipe d\u2019une trentaine de jeunes journalistes et techniciens mauritaniens, blocage des frais de d\u00e9placement pour les reporters. Malgr\u00e9 ces pressions, j\u2019ai refus\u00e9 d\u2019abdiquer et de faire autre chose que le journalisme dont j\u2019avais \u00e9labor\u00e9 et sign\u00e9 la ligne \u00e9ditoriale, dans le cahier de charges remis \u00e0 la HAPA. J\u2019attends depuis lors justice.<br \/>\nC\u2019est une affaire pendante devant le Tribunal de commerce de Nouakchott-Ouest et entrav\u00e9e  depuis 2012 dans les tiroirs du juge. Mais quel juge pouvait avoir le courage de convoquer et\/ou juger Bahaye, du temps d\u2019Aziz au pouvoir ? Pour ma part, j\u2019ai port\u00e9 plainte, gr\u00e2ce \u00e0 mon avocat ma\u00eetre Brahim ould Ebetty, pour l\u2019histoire et dans les d\u00e9lais prescrits par la loi,  contre les puissants qui m\u2019ont d\u00e9pouill\u00e9 de mon actionnariat de l\u2019entreprise que j\u2019avais fond\u00e9e en 1996 et qui ont exploit\u00e9 pendant cinq ans la licence de diffusion qui m\u2019avait \u00e9t\u00e9 accord\u00e9e intuitu personae par la HAPA, au titre du m\u00e9rite de mon CV et de mon dossier pour \u00eatre l\u2019op\u00e9rateur qualifi\u00e9, comme pr\u00e9vu par la loi sur l\u2019audiovisuel. Tant d\u2019autres ont certainement autant de contentieux avec eux\u2026<br \/>\nApr\u00e8s cette exp\u00e9rience personnelle avec l\u2019homme d\u2019\u00c9tat-homme d\u2019affaires et pour revenir au plan g\u00e9n\u00e9ral, je crois conna\u00eetre un peu le prix des choses et estime que la richesse d\u00e9clar\u00e9e par Aziz \u2013 autant de biens mal acquis par lui, en tant que fonctionnaire de l\u2019\u00c9tat soumis au devoir de r\u00e9serve et \u00e0 l\u2019obligation de rectitude \u2013 et par sa mafia se chiffre probablement  autour  des trois milliards de dollars am\u00e9ricains, amass\u00e9s depuis qu\u2019il a renvers\u00e9  Ould Taya en 2005, soit trois fois les r\u00e9serves actuelles de la Banque Centrale de Mauritanie.<br \/>\nCar Aziz n\u2019a pas attendu le pouvoir supr\u00eame \u00e0 la Pr\u00e9sidence pour nous convaincre que c\u2019\u00e9tait bien lui l\u2019Homme fort, depuis qu\u2019il a trahi et renvers\u00e9 son bienfaiteur qui eut la mauvaise id\u00e9e d\u2019en faire son ange-gardien. Trois milliards de dollars engrang\u00e9s en quinze ans, c\u2019est sans doute un record dans le Guiness local des argentiers, nouveaux riches ou anciens confondus. Les Bouamatou, Tajeddine, Abbass, Noueygued et autres nababs qui ont consacr\u00e9 leur vie enti\u00e8re \u00e0 accumuler, sont battus d\u00e9sormais \u00e0 plate couture par un parvenu, de surcro\u00eet ancien officier auquel l\u2019enrichissement  devait \u00eatre prohib\u00e9 et lui causer une l\u00e9gitime suspicion.<br \/>\nSeul Jack Ma, le petit chinois professeur d\u2019anglais devenu multimilliardaire gr\u00e2ce \u00e0 Internet, a connu un enrichissement aussi spectaculaire dans le Tiers-monde, sauf qu\u2019il a, lui, amass\u00e9 sa fortune sans  voler ni personne ni \u00c9tat, payant ses imp\u00f4ts comme tout bon citoyen. Et qui plus est bienfaiteur universel : la Mauritanie a re\u00e7u de lui une aide contre le COVID, comme tant d\u2019autres pays africains r\u00e9cemment. Voici comment l\u2019on peut \u00eatre  fier de sa fortune : l\u2019h\u00e9riter ou la gagner dignement \u00e0 la sueur de son front, avant d\u2019en distribuer une partie aux n\u00e9cessiteux.<\/p>\n<p>Voleurs en col blanc<br \/>\nQuels sont les bienfaits, alors qu\u2019il est libre de tout son temps maintenant, prodigu\u00e9s par Aziz avec la fortune colossale qu\u2019il revendique impudiquement avoir amass\u00e9e dans un des pays les plus pauvres du Monde qu\u2019il dirigea d\u2019une main de fer durant quinze ans ? Quelques sacs de riz et bidons d\u2019huile distribu\u00e9s, en son nom  par des livreurs,  \u00e0 des n\u00e9cessiteux en temps de COVID dans les quartiers p\u00e9riph\u00e9riques de Nouakchott, a-t-on lu dans une certaine presse certainement sponsoris\u00e9e\u2026<br \/>\nEst-ce suffisant ou tout simplement d\u00e9cent de sa part, alors qu\u2019un tiers de la richesse nationale a chang\u00e9 de main, pendant son triple quinquennat de gouvernance absolutiste, passant du statut de  biens publics \u00e0 celui de biens privatifs pour lui-m\u00eame, sa famille directe, sa parent\u00e8le et\/ou ses multiples  pr\u00eate-noms ? Une privatisation d\u2019un pays et de ses ressources par la razzia, exactement comme au 19\u00e8me si\u00e8cle, comme dit tant\u00f4t\u2026<br \/>\nQue faire face \u00e0 cette trag\u00e9die mauritanienne ? Juger, emprisonner Aziz, femme et enfants, parent\u00e8le, courtiers, applaudisseurs et autres l\u00e9gions de fonctionnaires serviles qui ont ex\u00e9cut\u00e9 ses basses \u0153uvres, suite \u00e0 des ordres, t\u00e9l\u00e9phoniques pour la plupart, re\u00e7us sans les discuter et sans crainte du jugement des hommes ici-bas, avant celui d\u2019Allah ? Avec tout ce beau linge habitu\u00e9 \u00e0 la climatisation centrale sans payer les factures de la SOMELEC, a contrario de tous les autres Mauritaniens, il y aurait alors de quoi peupler de voleurs en col blanc une aussi vaste r\u00e9gion que le d\u00e9sert de Lemreyye. Mais \u00e0 quoi bon ? Que tireraient les pauvres nomades Hmounatt et autres \u00e9leveurs peulhs, de cette prise de guerre contre la corruption secret de polichinelle du r\u00e9gime azizien ? Rien ou si peu, au meilleur des cas\u2026 Les Mauritaniens de l\u00e0-bas qui n\u2019ont m\u00eame pas de radio en entendraient-ils seulement parler, quand bien m\u00eame ce proc\u00e8s \u00ab historique \u00bb serait retentissant au niveau local et international, s\u2019il advenait un jour.<br \/>\nNe vaudra-t-il pas mieux  trouver un modus vivendi  avec le Parrain, comme le font les USA avec leurs mafiosos : que lui et ses sbires restituent \u00e0 la Mauritanie tout ce qui est possible \u00e0 recouvrer de leurs biens mal acquis, plac\u00e9s  ici et \u00e0 l\u2019\u00e9tranger,  et les bannir ad vitam aeternam de tout retour aux affaires publiques et\/ou priv\u00e9es. N\u2019\u00e9tait-ce pas ainsi que l\u2019on r\u00e9glait jadis les contentieux n\u00e9s des razzias ?<br \/>\nSans le pouvoir et l\u2019argent, la libert\u00e9 en Mauritanie leur sera  encore plus am\u00e8re que la prison et plus \u00e9conomique pour le budget de l\u2019\u00c9tat qu\u2019entretenir une cohorte de voleurs. Pour la plupart, ils finiront certainement leur vie, apatrides anonymes dans un pays de refuge quelconque, arabe probablement, l\u00e0 o\u00f9 finissent en g\u00e9n\u00e9ral  les dictateurs et les voleurs patent\u00e9s du monde arabo-musulman, comme Ben Ali de Tunisie ou Nawaz Sharif du Pakistan. Bon d\u00e9barras\u2026<br \/>\nPuis tourner cette page sombre dans l\u2019\u00e9dification de l\u2019\u00c9tat-nation et panser notre traumatisme collectif. Telle est ma modeste contribution au d\u00e9bat suscit\u00e9 par cette pr\u00e9dation hors norme et mon intime conviction de la suite \u00e0 donner \u00e0 cette main basse sans pr\u00e9c\u00e9dent sur les ressources d\u2019un pays qui en a tant besoin pour am\u00e9liorer la vie du plus grand nombre, au lieu de gaver une oligarchie d\u00e9j\u00e0 repue, tout en passant notre temps \u00e0 qu\u00e9mander perp\u00e9tuellement l\u2019aide internationale. Mais surtout pr\u00e9venir, d\u00e8s \u00e0 pr\u00e9sent,  tous les gestionnaires des biens publics, \u00e0 commencer par l\u2019actuel Homme fort Ghazwani, sa tribu et ceux qui les suivront : Plus jamais \u00e7a ! Et qui vivra verra.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Saleck De la protohistoire de la Mauritanie \u00e0 nos jours, la gestion du territoire et des ressources par le chef de tribu des anciens temps, chef d\u2019\u00c9tat des temps modernes, se confond in\u00e9luctablement avec le pillage des biens de la communaut\u00e9 par celui qui d\u00e9tient le pouvoir et sa parent\u00e8le. Les razzias quasi annuelles de &hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":33813,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[20],"tags":[],"class_list":["post-33811","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-francais-francais"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.azzaman.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/33811","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.azzaman.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.azzaman.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.azzaman.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.azzaman.info\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=33811"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.azzaman.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/33811\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":33812,"href":"https:\/\/www.azzaman.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/33811\/revisions\/33812"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.azzaman.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/33813"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.azzaman.info\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=33811"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.azzaman.info\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=33811"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.azzaman.info\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=33811"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}