Dialogue national : quand la forme masque le vide du fond

Les organigrammes, les diagrammes et les schémas en couleurs, soigneusement dessinés sur le papier à l’aide de logiciels, ne font pas un dialogue national. Ils ne sont que des artifices de présentation lorsqu’ils masquent la pauvreté du contenu. Un dialogue ne peut se réduire à quelques slogans, ni refléter les préoccupations d’un cercle restreint d’individus qui ne représentent que leur propre isolement national et social.

On ne sort pas d’une forêt ou d’un tunnel pour mettre le pays tout entier en danger. Les véritables enjeux d’un dialogue national ne peuvent être occultés. Une feuille de route dépourvue de profondeur nationale, qui passe sous silence les questions essentielles de l’économie, de l’écologie, de l’enseignement, de la production des idées, de la place des compétences et des intellectuels dans la vie publique, ainsi que du rôle et de l’influence de certaines sociétés étrangères aux pratiques prédatrices, du système bancaire, des petites, moyennes et microentreprises, ne saurait constituer une réponse à la hauteur des défis du pays.

Plus grave encore, cette feuille de route élude les maux qui minent quotidiennement la société : la corruption, qui fragilise les institutions et détruit la confiance des citoyens ; le trafic de drogue, dont les réseaux gagnent du terrain ; la montée de la délinquance dans les villes, qui nourrit l’insécurité et le sentiment d’abandon, sous le couvert de la politique et de la recherche d’émancipation ; ainsi que le rôle de l’argent sale dans le financement et l’influence de la vie politique. Comment prétendre construire un consensus national en évitant les questions qui préoccupent le plus les citoyens ? Un dialogue qui ignore ces réalités risque de devenir un simple exercice agité et anarchique de communication, sans portée ni crédibilité.

Les concepteurs de cette démarche semblent surgir d’un tunnel dont l’origine demeure inconnue pour proposer une orientation susceptible d’engager le pays sur de mauvais rails. Plus préoccupant encore, ils semblent vouloir faire porter au Président la responsabilité des conséquences de leurs propres choix et de leurs erreurs.

Pour notre part, nous avons soutenu, sans arrêt ni discontinuité, le Président de la République pendant plus de 2 000 jours, à une époque où nombre de ceux qui se présentent aujourd’hui comme les architectes de cette initiative étaient absents de l’échiquier politique et médiatique. Cette réalité mérite d’être rappelée. Notre soutien ne nous prive pas de notre liberté d’analyse ; il nous impose, au contraire, le devoir de parler avec franchise lorsque nous estimons que l’intérêt supérieur du pays est en jeu.

Notre droit, et même notre devoir, est d’exprimer notre analyse et notre pronostic. C’est la responsabilité de tout institut d’études et de stratégie engagé dans le débat public : prendre date, alerter lorsque cela lui paraît nécessaire et, dans un esprit de responsabilité, souhaiter sincèrement que son appréciation se révèle erronée. En revanche, si nos inquiétudes se confirment, il sera toujours temps de rappeler que nous avions alerté, non par esprit de polémique, mais par fidélité à l’intérêt supérieur de la Nation.

Mohamed ould Mohamed El Hacen
Président- fondateur de l’Institut
2 IRES et de l’Initiative TEBRI Mauritanie
Le 1 Juillet 2026

مقالات ذات صلة

اترك تعليقاً

زر الذهاب إلى الأعلى