Dans la quête de dépassement de l’état de crise

Par Abdel Vettah Ould Abbeïdna

Azzaman.info

Pourquoi le gouvernement s’obstine-t-il à vanter son bilan passé et à exagérer la promotion de ses programmes à venir ?
La question s’impose avec acuité au regard d’une situation nationale marquée par la tension et le malaise, non seulement à travers l’analyse politique, mais aussi à partir d’une expérience vécue, notamment en ce qui concerne les libertés et la liberté de la presse.
Personnellement, je considère que la situation actuelle est difficile et préoccupante, au vu de ce que j’ai moi-même subi durant ce second mandat, particulièrement controversé. J’ai été emprisonné le 28 août 2024, et relevé le même jour de mes fonctions de chargé de mission au ministère de la Culture, par décision du Conseil des ministres. Par la suite, j’ai de nouveau été incarcéré l’année dernière, passant au total trois mois entre détention préventive et prison.
Une expérience douloureuse qui m’a convaincu, comme beaucoup d’autres, que la liberté de la presse est en net recul, atteignant un seuil alarmant.
Dans un État qui se prétend démocratique, où la presse est combattue et où des journalistes sont jetés en prison pour des motifs futiles, que reste-t-il au Premier ministre à revendiquer ?
Si le pouvoir choisit de piétiner les personnes honorables, d’humilier leur dignité et de restreindre leurs libertés avec une audace et une brutalité déconcertantes, peut-il ensuite espérer que l’on témoigne faussement en affirmant que son régime serait « le meilleur que la Mauritanie ait connu depuis sa création » ?
En résumé, depuis que Mokhtar Ould Diay a pris la tête du gouvernement lors du second mandat, les fondements mêmes de la profession journalistique ont été bafoués, vidés de leur substance et gravement humiliés. Certes, à son arrivée au pouvoir, le président Mohamed Ould Ghazouani n’avait pas adopté une attitude hostile envers la presse ; au contraire, il avait respecté les journalistes, les avait rapprochés et s’était appuyé sur eux dans la gestion des affaires publiques.
Mais la donne a changé.
Avec l’accession de Ould Diay à l’avant-scène gouvernementale, les journalistes ont été pris pour cible, marginalisés et incarcérés, dans un silence officiel troublant.
Bien que je reste convaincu, jusqu’au moment où j’écris ces lignes, que le président de la République ne cautionne pas l’humiliation des journalistes, son silence face à leur emprisonnement et à la répression des voix libres constitue une position négative et provocatrice, impossible à ignorer.
À la lumière de ces entraves persistantes à la liberté de la presse, et du maintien de ce que l’on appelle la « loi sur les symboles », ce régime apparaît comme l’un des plus durs qu’ait connus la Mauritanie en matière de libertés, en particulier envers les piliers de la profession et les artisans de l’opinion publique.
La répétition des arrestations de journalistes est aujourd’hui une provocation manifeste. Depuis l’entrée en fonction de Ould Diay, ce régime a battu des records dans la répression des professionnels des médias, avec, dans certains cas — dont le mien — un niveau élevé d’humiliation et de mépris.
Malgré cela, des discours pompeux sont prononcés devant le Parlement, dans une inflation manifeste des réalisations, et l’on espère obtenir une bénédiction collective pour de telles mises en scène politiques. Or, tant que la liberté de la presse reste confisquée et que le pouvoir s’appuie sur l’intimidation et l’achat des consciences, rien de ce qui suit ne mérite d’être salué.
Même s’il existe certaines réalisations, la prétendue « modernisation de Nouakchott » demeure peu convaincante, malgré les milliards dépensés, tant que les services de l’eau et de l’électricité ne s’améliorent pas et que les ordures continuent de révéler, dans chaque rue de la capitale, le caractère fallacieux de ce discours moderniste.
Et quand bien même des avancées auraient été réalisées, au niveau national ou à Nouakchott en particulier, la réalité quotidienne des citoyens n’a pas changé de manière significative pour justifier tout ce tapage médiatique.
Quelques routes secondaires ont été aménagées, certains bâtiments ont été construits pour des hôpitaux de taille moyenne, des écoles édifiées, et quelques arbres plantés. Mais qu’en est-il du niveau des prix, de la prolifération des déchets, de la propagation des cancers, des maladies rénales, des pathologies chroniques et complexes, voire même de la récente pénurie de médicaments à Nouakchott, sans parler de l’intérieur du pays ?
Le problème le plus grave demeure cependant la manière dont la presse indépendante — et parfois même les médias publics — est traitée depuis la formation du gouvernement de Ould Diay au début du second mandat.
Nous appelons le régime en place à s’engager dans un dialogue sérieux et efficace, à mettre fin immédiatement à l’emprisonnement des journalistes, à leur révocation arbitraire et à la pression exercée sur leurs moyens de subsistance. Nous l’exhortons également à revoir en profondeur les multiples problèmes auxquels le pays est confronté, car l’alternative qui pourrait succéder à ce régime risque d’être soit extrémiste, soit faible.
Persister dans une propagande creuse, sous certains aspects, pourrait compromettre même les tentatives de reconduction ou ce que certains qualifient de « succession implicite ». Les blessures sont désormais profondes, notamment dans le domaine des libertés et de la presse, et de telles pratiques pourraient entraîner de lourdes répercussions, à commencer par l’incertitude qui plane sur l’avenir politique de ce régime.

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