Message du député Biram Dah Abeid à la famille de la presse à l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse en Mauritanie

Chères journalistes, chers journalistes,
Le 3 mai, Journée mondiale de la liberté de la presse, est une occasion internationale consacrée au rappel des gouvernements à leur devoir de respecter la liberté d’expression, de garantir l’indépendance des médias et de protéger le droit des citoyens à accéder à la vérité. Cependant, cette année, cette commémoration intervient en Mauritanie dans un contexte de détérioration préoccupante des libertés et dans un climat marqué par l’élargissement des restrictions imposées à la parole libre, faisant de cette journée davantage un moment d’interpellation nationale qu’une simple célébration symbolique.
Le régime du président de la République islamique de Mauritanie, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, a adopté des lois et des mesures traduisant une orientation claire vers le vidage de la liberté d’expression et du climat démocratique de leur substance, notamment à travers la loi sur les symboles, la loi sur les crimes cybernétiques, ainsi qu’un resserrement croissant autour de l’activité politique, du droit de réunion et de manifestation. Cela s’est accompagné de la fermeture de la télévision du Parlement et d’un refus d’accès équitable des opposants aux médias publics, voire à certains médias supposés indépendants.
Le rapport 2026 de Reporters sans frontières — indicateur auquel les autorités elles-mêmes se réfèrent souvent dans leur communication extérieure — a confirmé ce contre quoi les défenseurs des libertés n’ont cessé d’alerter : la Mauritanie connaît un recul inquiétant dans le domaine des libertés médiatiques, après avoir perdu onze places au classement mondial pour se retrouver au 61e rang. Cela constitue, selon nous, un signe évident de l’aggravation des restrictions contre la presse et du renforcement de l’emprise sécuritaire du pouvoir face aux libertés. Cette situation intervient alors que les autorités officielles et certains de leurs relais médiatiques continuent de promouvoir une image déconnectée de la réalité, à travers des discours répétitifs présentant la Mauritanie comme un leader arabe en matière de liberté de la presse.
Il est impossible de parler de liberté de la presse ou d’expression dans un pays où des journalistes, des députées et des militants sont emprisonnés pour leurs opinions et leurs positions politiques. Alors que le monde célèbre la liberté de parole, la journaliste et militante Warda Mint Sleimane demeure derrière les barreaux, aux côtés de deux députées du mouvement IRA, dans ce que nous considérons comme une détention arbitraire flagrante, constituant une violation grave des libertés publiques, une atteinte dangereuse à l’immunité parlementaire et un mépris des institutions de la République elles-mêmes.
L’emprisonnement d’élues du peuple en raison de leurs positions politiques ou de leur engagement pour les droits humains constitue un précédent dangereux, révélant le degré de dérive atteint par le pouvoir dans sa gestion de l’opinion divergente. Cela confirme que la répression ne vise plus seulement les individus, mais touche désormais les institutions constitutionnelles elles-mêmes lorsqu’elles ne parviennent pas à contenir les voix libres.
Nous rappelons que la Journée mondiale de la liberté de la presse n’est pas seulement une occasion d’honorer les journalistes, mais également un moment pour rappeler à tous — journalistes, défenseurs des droits humains et citoyens libres — que la solidarité avec les prisonniers d’opinion est un devoir de principe indivisible. Le désaccord avec les idées ou les orientations politiques des détenus ne saurait jamais justifier le silence face à l’injustice qu’ils subissent, ni servir de prétexte pour détourner le regard des violations commises à leur encontre.
La sélectivité dans la défense des libertés constitue une trahison du principe même de liberté, et le silence face à la répression lorsqu’elle touche les adversaires prépare son acceptation lorsqu’elle finira par atteindre tout le monde.
En conséquence, nous réitérons notre demande de libération immédiate et sans condition de Warda Mint Sleimane, des deux députées parlementaires détenues, ainsi que de tous les prisonniers d’opinion en Mauritanie. Nous appelons également la famille de la presse nationale à assumer son rôle historique en refusant toute normalisation avec la répression et en défendant la liberté d’expression comme un droit universel, et non comme un privilège accordé ou retiré par le pouvoir selon son bon vouloir.
Le mouvement IRA continuera d’être à l’avant-garde de la défense de la parole libre et du droit de chaque citoyen à s’exprimer, à s’organiser et à manifester pacifiquement, quel qu’en soit le prix.
Député : Biram Dah AbeidNouakchott, le 2 mai 2026



